L'égalité des chances

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L'après-patriarcat

Macé Eric, L’après-patriarcat, Paris, Seuil, 2015


Dans ce livre, tout est dans « l’après » du titre : nous ne sommes pas « après » le patriarcat comme on tourne une page de l’histoire de l’humanité qui nous conduirait à un monde pleinement égalitaire entre les sexes, les genres et le sexualités, nous sommes dans « l’après », c’est-à-dire dans la conséquence à la fois de ce qu’a été le patriarcat pendant des millénaires (la mise en asymétrie nécessaire et légitime du masculin et du féminin) et la conséquence du démantèlement en droit de ce patriarcat par l’égalitarisme politique, féministe, économique et culturel des 200 dernières années.

C’est pourquoi nous devons comprendre en quoi nous vivons un arrangement de genre bien spécifique qui n’est plus patriarcal (car sexe, genre et sexualité sont régis en droit par le principe d’égalité et de non-discrimination) mais qui hérite à la fois des habitudes culturelles du patriarcat (le masculin est universel et valorisant, le féminin est particulier et de moindre valeur) et de ses modes d’organisation sociale : le travail reste androcentrique, valorisant les secteurs traditionnellement masculins et faisant comme si les travailleurs n’avaient pas d’enfants à garder, tandis le domestique reste gynocentrique, faisant comme si la responsabilité en incombait d’abord aux femmes.

Cette ambivalence et ces tensions s’observent à l’échelle subjective comme à l’échelle institutionnelle et collective, et se traduisent par trois types de représentation des enjeux. La représentation réactionnaire, qui pense que c’était mieux avant lorsque c’était Dieu ou la Nature qui disaient ce que devaient être la masculinité, la féminité, la famille et la sexualité. La représentation conservatrice, qui pense que puisque l’égalité entre les sexes règne en droit, l’égalité réelle finira bien par se réaliser.

La représentation réformiste, qui pense que l’égalité en droit entre les sexes n’est pas à même de produire de l’égalité réelle entre les individus dès lors, comme le soulignait déjà Simone de Beauvoir, que le genre n’est pas seulement une question de différence corporelle ou d’identité, mais qu’il est surtout un différend entre ceux qui continuent de bénéficier – même par défaut, même par inertie - des inégalités et des discriminations de genre, et ceux et celles pour qui ces inégalités, ces discriminations et ces stigmatisations sont inutilement persistantes dans nos sociétés démocratiques.

En d’autres termes, le genre n’est pas le mythe qu’en ont fait ses adversaires réactionnaires, il est une théorie ancrée dans les sciences sociales qui nous permet de mieux comprendre ce qui nous arrive : en dépit de nos valeurs égalitaristes, nous contribuons pour une part, dans la plupart de nos conduites et de nos représentations – en famille, à l’école, au travail - à fabriquer les inégalités que nous dénonçons, et c’est l’analyse précise, type de pratique par type de pratique, type de représentation par type de représentation, qui peut permettre de nous en rendre compte et d’agir dessus.

Eric Macé

 

*Eric Macé est professeur de sociologie à l’Université de Bordeaux, directeur adjoint du Centre Emile Durkheim.

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